Textes sur pratique
Je crée parce que je ne peux pas faire autrement. Ça vient tout seul, je récupère en ayant des idées ou pas de ce que je peux en faire. Je récupère parce que ça me plaît, je vois le potentiel que cet objet peut avoir, de ce qu’il peut apporter à ma vie, ma vie artistique. À mes stocks, à mes boites, mes réserves. Je ne les utilise pas toujours d’ailleurs. Mon stock est un ensemble de choses, d’objets. Je récupère aussi parce que l’objet va bien avec tout ce que j’ai, même si je ne l’utilise pas, il va bien avec le reste : matière, taille, forme, utilité, couleur. Certains objets sont là, avec moi depuis le début mais n’ont jamais trouvés leurs places. Je pense qu’ils attendent leurs tours, en vain peut-être. Parfois ça me déprime de les voir dans ces boites sans avenir concret, dans l’attente. Mais quel est le pire entre se faire ramasser pour finir avec vos proches dans le noir d’une boite fermée posée sur une étagère entourée d’autres boites remplies de vos congénère et finir seul, exposés aux conditions climatique, écrasé ou pire, brûlé ? Mon étagère est un gratte ciel rempli d’appartement surpeuplés et vétustes où la seconde vie bourdonne, attend. Comme de vrai tours d’habitation, des cages à lapins, des bulles de lumières. Peut-être s’allument-elles la nuit, les élus remontent à la surface, ces bulles de lumières.
La composition, le placement à l’œil ou parfois aidé d’un réglet est la partie la plus importante de mes créations. Tout doit être parfaitement placés. Qu’importe les histoires, même. La COMPOSITION. Propre, droit, équivalent, centrés, alignés, en ordre. Sinon ça chauffe.
Je place, déplace, replace, remplace jusqu’à ce que ça me plaise, que ce soit harmonieux pour mes yeux. Je crois que ça doit l’être aussi pour les yeux des autres. Le placement des objets est primordial. Mais ces placements se font grâce à la forme des objets. Ah bon ???
Bref. Ça paraît logique en effet.
Ma pratique n’a pour moi rien d’artistique. Enfin… si je crois. Disons que ce qui m’intéresse c’est de trouver, collectionner, utiliser des objets qui ont étaient abandonnés. Les récupérer pour leur donner une deuxième chance d’exister, de briller parce qu’ils sont magnifiques et irremplaçables (si, tout à fait remplaçable). Mais est ce que c’est de l’art de poser des choses de manière ordonnée sur une planche peinte en blanc ? Ou bien est-ce une exposition direct d’objets, une mise en valeur à travers une composition bien réglée ? Juste un : « tenez, regardez ces objets ». Montrer aux gens des choses qu’ils connaissent, reconnaissent. Leur fait plaisir, les dégoutte, les rend nostalgiques. Est ce que c’est une démarche écologique ? De ne pas recycler mais faire qu’ils polluent en intérieur et pas dans un champ de blé ? Garder, sauvegarder, contenir ces agents polluants qui ne polluent pas plus que d’autres. Ils me polluent moi et mon environnement. Ils m’envahissent, me réduisent, m’enferment, m’accablent de leurs maux. Là ! JE suis là ! Prends moi, utilise moi, sers toi de moi, poses moi sur une de tes planches ! Vas-y ! Et c’est la déception, la boite se referme et je suis enfermé dans une nuit presque noire dont la faible lumière ne me laisse aucun espoir. Mais je recommence, avec la même ardeur, sans rien changé.
J’ai toujours aimé (adoré), faire, créer, travailler avec mes mains. Je me souviens de passer les tuiles à mon père. Les enfants étaient mis à contribution ! Mon père n’est pas charpentier ou menuisier de formation mais a réalisé plusieurs charpentes dans la maison de campagne de mes grands parents, des toits, cabanes etc.… Et ça me plaisait beaucoup si je me souviens bien.
J’ai commencé à collectionner des objets tôt, je dirais 12 ou 13 ans pour les coller sur le mur de ma chambre. Comme tous les gamins de cet âge vous me direz. Oui ? Je n’ai pas l’impression que c’était tout à fait pareil, même. Au bout de quelques années, mon mur était tellement recouvert que plus un espace n’était disponible pour placer une autre chose (papiers, journaux, affiches, petits objets). Mon problème de l’époque était que je ne pouvais pas toucher aux murs : seuls la patafix et quelques punaises étaient autorisées par mes parents ! Mais ça me suffisait disons… Bof.
Durant toutes mes années de scolarité j’ai récupéré tout ce que je trouvais intéressant et qui allait bien avec le reste de mes objets.
Je suis entré au lycée avec un an de retard parce que j’avais redoublé ma 3eme pour rester dans le bon lycée : raté. Je me retrouve dans le lycée Claude Bernard qui avait moins bonne réputation. Je m’inscris aux cours d’art et je rencontre Monsieur Périllat. Ce professeur a changé ma vie à tout jamais. Il me poussait à rester moi même, original. Il me poussait à explorer mes idées et ainsi avancer sur mes créations, les emmener plus loin. Réfléchir plus. Il comprenait aussi que j’avais un manque de discipline assez sérieux sans jamais que ce soit trop. J’avais, et j’ai toujours, besoin d’un cadre !
J’avais les moyens de sortir des idées de ma tête dans la salle de classe d’art où j’étais laissé très libre (j’avais l’impression d’être le « chouchou » de Monsieur Périllat). Je travaillais dans la réserve là où se trouvaient tous les outils dont disposait la salle. Et je me rappelle que je n’aimais pas trop quand d’autres personnes que moi étaient dans la réserve aussi. C’était mon espace de création à moi !
J’ai beaucoup produit dans cette réserve, beaucoup de mes créations ne sont plus de ce monde, ou bien perdues. Ce que je regrette. Il m’en reste quand même pas mal anyway.
Tout ça pour dire que je ne suis pas académique du tout. Je suis autodidacte.
En première (ma deuxième), j’ai eu la chance de participer aux « Portes ouvertes artistiques » de mon lycée. J’ai obtenu ma propre pièce pour être seul et ainsi NE PAS PARTAGER MON ESPACE.
Une pièce pas très grande qui rappelait les dimensions de la chambre de service de ma grand-mère dans laquelle j’habitais à l’époque. Je me suis éclaté, j’ai adoré ce que j’ai fais de cette pièce. Des amis m’ont aidé bien sûr. Et les commentaires des visiteurs ont également été très positifs.
Ma chambre de service tiens.
J’ai « quitté » mes parents à 19 ans pour aller m’installer non loin de chez eux : dans la chambre de service de ma grand-mère. Je vous disais que je ne pouvais pas toucher aux murs de chez mes parents mais chez Mamie c’était différent !!! Une autre chambre à investir, à créer, à peupler. Un espace neutre qui allait devenir ma plus grosse œuvre pour le moment.
Je pouvais faire des trous dans les murs, salir le sol, faire du bruit. La libération en même temps qu’une nouvelle étape dans ma création avait commencé. Plus de limite, comme dans la pièce au lycée mais cette fois ça allait rester. J’allais pouvoir créer pendant un temps illimité. Faire des choses, les changer, les laisser mûrir. Avoir une réelle continuité dans ma pratique, la faire grandir, grossir. La chambre chez mes parents me servait d’espace de stockage et la chambre de bonne aussi bien sûr. J’ai donc rempli les murs avec ce que je trouvais sur ma route.
En 2019, j’ai commencé un apprentissage en ébénisterie de restauration de meubles anciens. Un métier passionnant, manuel avec pleins de savoir faire à acquérir. J’ai ainsi pu aiguiser mon sens du détail et apprendre à me servir de machines et d’outils très utiles pour mes créations ! Aussi, je récupérais tout ce que je trouvais intéressant. Planches, vieux objets mis à la poubelle.
J’ai adoré cet apprentissage, c’est ce que j’ai fais de plus utile dans ma vie !!
Cela m’a donné une aisance pour aller plus loin dans la fabrication de supports.
J’ai aujourd’hui un bon nombre d’outils, de matériel qui me servent beaucoup dans mes créations !
Système de tri
I. Récupération dans la rue à la source :
Quand je marche, je sors (balades, soirées ,errance, quand je traîne). Je suis constamment à la recherche d’objets en tout genre, de poubelle sèche, d’amas d’objets. Les trouvailles sont aléatoires puisque en général, et le plus souvent, je tombe dessus par pure coïncidence ou par chance. Quand je cherche je ne trouve presque jamais quelque chose. A la recherche et non pas « je cherche » des objet précis ou pas.
Objet précis : de collections (métal en général : barres, rondelles, tiges, cales (bois). Précis également dans l’utilité et dans le matériau (métal, bois, plastiques). Ce sont des objets très important pour mes collections, ce sont les plus recherchés et appréciés. Je suis très heureux quand j’en trouve.
Collections esthétique ou pas : tout et n’importe quoi mais avec un rapport avec mes collections (non) esthétique. En général je vois tout de suite si oui ou non je vais les ramasser ou non, si ça va avec ou si ça ne va pas. Ce sont aussi des (et surtout) objets d’ordre utilitaire comme des clous, vis, matériel en tout genre.
II. Tri immédiat :
Tri dans la chambre, sur le moment, parfois à l’aveugle quand le mal-aimé, mais tout de même bienvenue, « toujours trop » apparaît. C’est donc le premier tri, tri rapide avec peu de regret en général et avec l’expérience. Ce tri doit déterminer si l’objet doit rester dans la chambre et où je dois le placer (dans quel lieu, boîtes).
Le premier Tri a pour but de ne pas laisser en suspens trop d’objets ou de tri à faire. L’idée étant de placer directement, en fonction de la nature de l’objet, l’objet à sa place pour que quand le second tri arrive l’objet soit presque déjà trié. Sinon je suis, ou peux, être rapidement débordé par leur nombre et donc m’y perdre ou perdre du temps ou pire encore mais, bienvenu également, que la chambre devienne impraticable.
III. Tri au fil du temps :
Second tri, sur le long terme.
Une fois les objets arrivés, suivant leur taille, matières, utilité, beauté, intérêt, ils sont dispatchés dans les différents lieux et boîte de la chambre. La chambre est, tout en étant un lieu de tri définitif, un lieu de « tri suspendu », de tri d’objets dans l’attente qu’il rejoignent les boîtes ou lieu définitif propre à chacun. Les lieux sont le bureau, le plancher, les boîtes, le balcon, le couloir. Respectivement : trouvailles sans réelle et arrêtées définition qui ne sont pas déjà triées mentalement, trouvailles volumineuses, trouvailles triées mentalement sales et nettoyées, trouvailles trop volumineuse pour être ou rester dans ma chambre et trouvailles qui ne sont pas sûr de rester dans ma vie et de la partager.
« Au fil du temps » car je vis dans cette chambre, avec ces objets, entouré de mes trouvailles. Je les vois, les touche, les analyse, les soigne, les regarde, j’ai donc dû temps pour les connaître en profondeur.
« Sur le long terme » signifie également que je range ma chambre de temps en temps mais attention pas un grand rangement, tri. Un demi rangement. C’est le moment où ce qu’il y a sur le bureau, le plancher, le balcon, le couloir (pas ce qu’il y a dans les boîtes) ou reste à sa place ou bien va dans les boîtes auxquelles il correspondent. Certains retournent dans la rue.
IV. Le Grand Tri :
Je range intégralement ma chambre et tri tous les objets qui y sont en suspension. Pendant le Grand Tri (qui arrive de manière aléatoire en fonction de la cadence d’objets trouvés). J’ordonne toute ma chambre. Il n’y a pas vraiment d’ordre dans lequel j’ai l’habitude de procéder.
Les objets déjà trier mentalement sont en général les premiers à être bouger. Il y a les objets qui vont au mur : papier, petits objets pour étagère, affiche, tout ce qui est plat ou pas mais d’assez petite corpulence. Ceux des boîtes de tri intermédiaires vont dans les boîtes définitives. Les objets volumineux sont mis dans de grandes « boîtes » : des réserves comme le cagibi du premier, chez les parents, la maison de campagne ou bien pour les objets d’extérieur sur le balcon.
Les boîtes de tri intermédiaires sont ainsi vider pour laisser place au futur trouvailles.
Rejet des objets, qui au fil du temps n’ont pas su retenir mon attention, (à la rue, ou autre).
Je nettoie les anciens objets, dépoussière, fais de la place, créer de nouveaux rangement.
Durant ce tri des créations en sorte puisque je suis confronté pendant plusieurs heures ou plusieurs jours directement et constamment aux objets. Je les place entre eux, essaye des assemblages, je forme des tableaux au mur, je sculpte, re-sculpte, ausculte, différents objets.
Tous les objets triés dans ma chambre le sont également dans ma tête, je tiens mes comptes mentalement. C’est une libération de l’esprit et du physique et un début de nouvelles quêtes qui commence. Je dirais même plus, c’est une actualisation.